LES
VEiLLE urS
DE
JOur
Une création de la compagnie Teraluna
entrée
séjour
cuisine
séchoir
chambre
salle d’eau
wc
Les Vei LLeurs de jour
Étude
poétique
d’une cité
à disparaître
Sébastien Barbe ron
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1 Extrait d’une conversation quelque part à Besançon
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septembre 2017
Un livre sur les 408 ? Pourquoi faire ?
Pour raconter.
Qu’est-ce qu’il y a à raconter ?
Tu sais que les bâtiments vont disparaître …
J’ai entendu dire ça.
Il ne restera plus rien. Aucune trace.
Pas même un vestige, ou un bout de mur …
Comme à Berlin ?
Rien.
Alors ce livre sera comme une mémoire …
D’accord mais comment tu vas t’y prendre ?
???
Je ne sais pas moi, t’as déjà écrit un bouquin ?
Un roman ou quelque chose comme ça ?
Ce ne sera pas un roman.
D’accord, mais encore.
Ni un livre d’histoire ou de sociologie tu vois.
Tant mieux, tant mieux. Tu sais ce que ce ne sera pas …
J’imagine plutôt des formes courtes.
Et tu vas faire comment ?
Je vais rencontrer des gens.
Les habitants ?
Oui. Ceux qui vivent et ont vécu dedans.
Tu te rends compte du nombre !
Pas tous, c’est impossible.
Ben alors tu t’y prends comment pour choisir ?
Je ricoche.
???
Je rencontre quelqu’un
qui me renvoie sur quelqu’un
et ainsi de suite … par ricochet.
Comme une promenade quoi !
Si tu veux oui.
Une promenade dans le temps.
Et tu vas leur demander quoi, à ces gens ?
De me confier des souvenirs, des impressions,
des sentiments, des images … ce qui leur reste …
la parole est libre. On discute et on tire le fil …
Hum hum … Tu devrais les enregistrer. Comme ça
tu prends le temps de réécouter, de prendre des notes,
tu vois ? Parce que sinon tu risques de ne pas
t’en rappeler. Enfin moi je dis ça …
C’est une idée, oui, merci.
Ce sera drôle ?
Tout dépend.
Il y aura des images ?
Des photos, sûrement.
Et … il fera combien de pages ton bouquin ?
Je ne sais pas …
Et le format ?
On verra …
Tiens … ça me fait penser … la grand-mère d’un copain
habitait là-bas … mais c’était il y a longtemps …
elle travaillait à la Rhodia je crois.
Tu vois, on connaît tous quelqu’un qui connaît
quelqu’un qui connaît quelqu’un …
Et le titre ? T’as pensé au titre ? C’est important.
*
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321 Point de vue Extrait de l’entretien d’un flocon de neige contemplatif
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Du haut
de la planète
C’est comme des
allumettes
D’un peu plus bas
Comme des
épicéas
D’un peu moins haut
Ça ressemble
à des
poteaux
En s’approchant encore
Des gaillards
grands
et forts
En frôlant les parois
On voit des gens
parfois
Arriver tout en bas
Il n’y a
plus que
moi
Déposé sur le sol
Cerné
de cent
bagnoles
Et quand
je lève la tête
Un doux
vertige me
guette
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404 Merci au revoir
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MESSIEURS LES DÉCIDEURS
MESSIEURS LES CONCEPTEURS
MESSIEURS LES BÂTISSEURS
MESSIEURS LES BONS LOGEURS
THÉORICIENS ARBITRES ET AUTRES PENSEURS
MESSIEURS LES SOCIOLOGUES
MESSIEURS LES RÉFLÉCHISSOLOGUES
MESSIEURS LES MESSIEURS ET LES DAMES AUSSI
VOUS QUI AVEZ PAPERASSÉ ACTÉ ET DÉPENSÉ
VOUS QUI AVEZ HABILLÉ DÉSHABILLÉ MAQUILLÉ
ET CHAPEAUTÉ
VOUS QUI AVEZ ACCUEILLI TRAVESTI AGRANDI
DÉSACCUEILLI
VOUS QUI AVEZ OBSERVÉ HOMOLOGUÉ
ET RÉFLÉCHI
OUI MESSIEURS LES COSTUMIERS
LA MODE EST DÉPASSÉE JE LE SAIS
ME VOILÀ MAL FAGOTÉ USÉ RAPIÈCÉ
ALORS MESSIEURS LES BONS MESSIEURS
ET LES DAMES AUSSI
VOUS QUI AVEZ CRU QUE TOUT ÉTAIT CUIT
ET QUE BIEN VITE LA GRUE FERAIT SON NID
JE VOUS DIS AU REVOIR
ET MERCI DES DEUX MAINS
JE POURSUIS MON HISTOIRE
ET VOUS RENDS MON JARDIN
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0 Au pied de la colline
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Sur l’herbe grasse
Entre église et armée
Un jour j d’une année a
Trois géants se sont dressés
qui faisaient face à la colline
Celle que jadis des pieds usés
Faisant fiers campagne
Avaient bien dû traverser
Qui étaient-ils ces fiers sans bras
À nous défier de haut en bas
On aurait cru des tours de guets
Ou les remparts d’un nouveau monde
et si c’était des phares bretons
Venus d’Ouessant … le R en moins
Paraît que la nuit tout ça s’éclaire !
Partout dit-on, comme une guirlande
Mais oui dis-donc !
À chaque étage, de la lumière
de quoi paumer le solitaire
Des escaliers, des ascenseurs
Des portes et des fenêtres
Des boîtes à lettres … et un gardien
Pour l’entretien
Combien de nous iraient dedans
Ces colonnes droites ancrées au sol
Combien de nous, homme femme enfant
Pourrait glisser son nom
à côté d’une sonnette
Combien de nous auraient sa place
Dans la nouvelle Arche
?
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365 Pense-bête d’un mardi d’une semaine
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MaTin
Passer chez la coiffeuse
Saluer la pharmacienne
Démonter un moteur
Embrasser ma mère
…
Et la voisine du dessous
… peut-être
apreM
Faire un tour de bécane
Changer de pantalon
Passer à l’intérim
Taper dans un ballon
Acheter des allumettes
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366 Pensées bêtes d’un samedi d’une autre semaine
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MaTin
Passer chez la coiffeuse
Saluer la pharmacienne
Démonter un moteur
Embrasser ma mère
…
Et la voisine du dessous
… peut-être
apreM
Faire un tour de bécane
Changer de pantalon
Passer à l’intérim
Taper dans un ballon
Acheter des allumettes
MaTin
Préparer la volaille
Appeler le cousin de loin
Faire un trou à ma ceinture
Embrasser mon père
Et la voisine du dessus
… j’espère
apreM
Regarder ma série préférée
Flâner sur le balcon
Flâner encore … en bas cette foisEt siffler les voisines
… mais pas toutes Taper dans un ballon
… encore
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29 Jour d’automne
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109 Aide au logement
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— Le numéro 109 c’est moi ! Venez les enfants, c’est notre
tour … Merci de nous recevoir enfin … Ça fait des heures
qu’on attend … Vous avez lu mon dossier ?
— Hum hum
— Voici les derniers papiers … Avec ça vous allez trouver
une solution, n’est-ce pas ?
— Hum hum
— Il faudra bien parce que, voyez-vous monsieur, ça fait
trois mois que nous logeons sur le trottoir d’en face …
dans un carton. Vous trouvez ça normal ? Je ne dis pas
que nous sommes les seuls, loin de là, mais bon, je me dis
qu’ils ont quand même bien une petite place pour nous
là-dedans, non ? Une toute petite.
— Hum hum
— C’est si grand. Si haut. Si beau. Et il paraît que
c’est tout confort. On se serrera. On ne fera pas de bruit.
Y’a pas plus discrets que nous. On est une famille sans
histoire. Je vous assure, personne n’aura à se plaindre.
Nous serons de bons voisins.
— Hum hum
— Absolument monsieur. Regardez-les. Tous bien élevés.
De gauche à droite : Nini, Mimi, Kiki, Titi, Riri, Lili, Fifi,
Gigi, Hihi, Didi, Sissi, Bibi, Vivi. Je les ai eus l’année
des I … Leur père est parti juste avant leur naissance.
Que voulez-vous … les hommes.
— Hum hum
— On dit que là-bas il y a toutes les commodités.
D’ailleurs c’est tellement propre que nous autres on
a bien du mal à récupérer de quoi grignoter. Je vous jure,
ça nettoie, ça brique, ça lustre … Les poubelles sont
gardées, fermées et ramassées. Deux gardiens
assermentés veillent jour et nuit. Une femme et son
homme. La dernière fois que j’y suis allée, j’ai été reçue
à coups de pieds.
— Hum hum
— Ma cousine, elle, elle est encore en ville, dans les bas
quartiers … C’est vrai que c’est bien plus facile.
L’insalubrité ça a du bon, qu’elle dit. Mais moi, monsieur,
je veux que mes enfants avancent dans la vie. Qu’ils
deviennent des gens bien.
— Hum hum
— Nous aussi, on a droit à la promotion sociale !
Quoi de plus normal !
— Miiiaou !
Le chat ventru bondit sur le bureau, avança sa tête, regarda
la souris plaintive droit dans les yeux. Il l’observa avec
une toute nouvelle attention … Rapidement il fit le compte :
les 13 souriceaux.
— Qu’est-ce que vous faites ?! N’avancez pas !
Les enfants, derrière moi !
Il sortit ses griffes, sourit … Vive le droit d’asile !!!
L’imposant matou fit courir sa langue le long de ses babines,
et fit grincer de plaisir son dernier miaulement avant de …
— MiiiaaaOU !!!
… bondir sauvagement.
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Nous étions un sacré paquet de gamins
Des milliers sûrement
Rien que dans notre cage on était cent
Tous dehors à cette époque
Devant, derrière les bâtiments
Même dans la pente
Et sur la place … la grande place
Ça jouait à quoi ? Je dirais aux billes, aux indiens,
aux cowboys, aux jeux de pistes, à cache-cache
ou aux courses de voitures
Je me souviens bien du Tacatac !!!
Deux boules de couleurs attachées à une ficelle
Jeu culte des années 70
Tout le monde en avait
Ça ne coûtait presque rien
On avait un bois derrière, tout près pas loin
Et un arbre arrondi, avec des grosses racines,
qui faisaient comme un banc
Un banc faisait la salle de classe
Alors quand il n’y avait pas école …
On jouait à faire l’école
Les parents n’étaient jamais inquiétés
On partait en bande et on revenait pour le goûter
Parfois on croisait les militaires
Une deux trois quatre, une deux trois quatre …
Ils faisaient leurs manœuvres
Tout était simple entre 60 et 80
Enfin, si je me souviens bien
On était libre, c’était sans risque
Papa avait un logement de fonction
C’est comme ça qu’on est arrivé là
Au 7e étage du numéro 13
Il y avait beaucoup d’autres ouvriers comme lui
Je me souviens aussi d’une institutrice
Et de marchands de vêtements
Ils étaient bien
On était bien
J’ai eu une belle enfance
Je peux le dire
Vraiment
J’y ai vécu vingt ans
Et ma mère plus de cinquante
Si ça ce n’est pas de l’attachement !
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été 2009
Mes chers parents,
Nous sommes bien arrivés à la ville.
Nous avons trouvé un f3. C’est dans un bloc, tout près
du centre, mais c’est vraiment spacieux. Des jeunes nous
ont même aidés à déménager … Vu que mon amoureux
est noir de peau, ça facilite les relations. C’est bête mais
c’est comme ça. On a tout refait à neuf … avec les bons
des hlm.
Les bandes de gars et les anciens fréquentent la même
place. Les mômes et les mamas aussi. Faut dire qu’il
n’y a qu’une place, et qu’un arbre … Alors ils n’ont pas
le choix que de cohabiter.
En attendant je monte et descends de grands escaliers,
ceux qui mènent à Velotte, le quartier d’à côté …
Avec un peu de chance ils pourraient m’aider à déclencher
ce que vous savez.
Votre fille adorée … et bientôt maman
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hiver 2010
Mes chers parents,
C’est plus possible, ici. Il faut partir.
Je ne suis pas trouillarde, vous le savez. Mais le soir,
je ne suis vraiment pas rassurée … Je rentre à reculons
à la maison. Les jeunes qui squattent ma cage ne sont
pas très sympas avec moi. Au début, j’étais comme
une baleine, et ça allait. Mais maintenant que j’ai
franchement perdu du poids, je suis redevenue une proie.
Depuis plusieurs semaines les poubelles brûlent
souvent … en dessous de la fenêtre du bébé. C’est presque
devenu normal. Les locataires jettent par la fenêtre
ce qui leur passe par la tête … Des couches, des vélos,
des trottinettes … J’entends des bruits étranges, la nuit,
dans les escaliers. Les gamins s’amusent à nous faire
peur. Et ça nous fait peur.
Je ne sais pas. C’est peut-être « le trop de béton – pas assez
d’arbres » qui les rend comme ça. Mais je ne m’habitue pas.
Au début je me disais que, pour le petit, ce serait bien
de vivre au contact de toutes ces communautés.
Grandir dans la diversité c’est quand même chouette
comme projet. Mais bon … dans ce climat là, je ne suis
plus trop sûre.
Vous direz à grand-père qu’on s’en va. Lui qui a failli
pleurer le jour où il a vu ces trois grandes barres.
Votre fille adorée
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Pour vous dire … On a été une bonne trentaine d’années
tranquilles. C’était magnifique. On avait tout. Même
le marché qui venait s’installer. Et la fête, avec les autos
tamponneuses. Le terrain de boules. Les balades jusqu’à
Chaudanne. Et la maison pour tous.
Oui oui oui, vraiment on avait de quoi faire.
Et propre. Très propre. Mais c’est parce qu’on avait
un concierge dur. Très dur. Il mettait des amendes
si on laissait un papier par terre …
Oui oui oui. Ou si le chien pissait n’importe où.
En franc, l’amende, à l’époque. C’était très bien tenu …
Pour vous dire on avait un chien. Mon mari est chasseur,
c’est pour ça … le chien. Et bien, pour vous dire, depuis
chez moi, je voyais le bois …
Oui oui oui. Et sans mentir on apercevait des sangliers,
des écureuils et des chamois …
Oui oui oui.
Pour vous dire, plus tard je suis devenue nounou.
Les enfants m’appelaient Tata. J’en ai eu de toutes
les races et de toutes les religions …
Oui oui oui.
Qu’est-ce que je les aimais ces enfants.
Les mamans m’ont appris à danser, comme au Congo,
au Mali ou en Guadeloupe. J’ai appris la cuisine épicée …
Moi j’aime pas trop … c’est vraiment fort, les épices.
J’en ai gardé tellement, des enfants. Tellement.
C’était comme une famille, les 408.
C’est ça oui, comme une famille.
Pour vous dire après ça a changé. On commençait
à trouver des seringues vous voyez …
Oui oui oui, des seringues.
Les policiers nous disaient de leur renvoyer. Moi,
aux jeunes, je leur disais de ramasser ce qu’ils faisaient …
Et ils le faisaient gentiment. On était respecté, voyez.
Pour vous dire, maintenant de tout ceux que j’ai connu …
et j’en ai connu … y’en a qui sont repartis au pays.
Les autres sont … autant dire éparpillés. Et quelques
uns sont morts. C’est la vie …
Oui oui oui.
J’espère seulement qu’ils n’auront pas l’idée de refaire
des bâtiments aussi hauts … Parce que quand on est
en panne d’ascenseur …
Non non non.
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400 La fête des voisins
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Chez moi, au 408, ma famille n’y venait pas.
Ça ne donnait pas envie, je ne sais pas. Enfin c’était comme ça.
J’aurais pu ne jamais ouvrir ma porte. Sauf que …
Bonjour c’est la voisine
Je peux récupérer la casserole
qui est tombée chez vous
Pas fait exprès, désolée
Bonjour c’est le voisin
Excusez-moi j’ai laissé traîner
mon bédo vélo sur votre balcon
Hé la vieille c’est les jeunes de la cage
On emprunte ton appart cinq minutes
t’es d’accord
Bonsoir
Des tomates coulent sur vos volets
Et des frites molles y sont coincées
Vous le saviez ?
Tiens,
personne …
Ouvrez police
Vous êtes seule ici, madame ?
Bonne nuit
Si vous avez encore envie
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84 Besançon non-fumeur
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La soirée était déjà bien avancée et il ne restait
que quelques fenêtres éclairées sur la façade de son
immeuble lorsqu’il décida de sortir. Il avait pris une
douche, salutaire après une longue journée de travail.
Il s’était rasé de près, parfumé avec modération et habillé
avec soin. Il avait gominé ses cheveux crépus, sans
y parvenir vraiment. Il aimait sortir de son quartier,
prendre la tangente en direction du centre ville, là où la
vie battait son plein et où les silhouettes se confondaient
entre elles. Non qu’il n’appréciait pas sa cité mais passé
une certaine heure … la vie était ailleurs.
Il ferma sa porte à double tour et attendit l’ascenseur.
Il pouvait entendre nettement la télévision encore allumée
de son voisin, la conversation animée de l’appartement
du dessous, les chuchotements abusifs des jeunes postés
dans l’escalier, et une chasse d’eau fatiguée de l’étage
supérieur. Tous ces sons lui étaient familiers et il les
aimait. Cela le rassurait même, de savoir que rien ne
s’arrêtait jamais vraiment dans ces trois grands blocs
érigés dans les années 60. Que la trêve sonore n’existait
pas. Il avait encore la sensation d’appartenir à une
communauté. Même s’il regrettait l’époque d’avant.
Celle où il laissait sa porte ouverte, de jour comme de
nuit. Mais c’était un temps où les gens avaient du boulot
et où la question du lendemain ne se posait pas. Enfin,
pas de la même manière. Aujourd’hui, il devait bien le
reconnaître, les choses avaient changé. Et pas en mieux.
La porte de l’ascenseur s’ouvrit. Il entra et appuya sur
le bouton du rez-de-chaussée. La cabine se mit en branle.
Il était arrivé en 84, de Rosny-sous-Bois. Il avait été
militaire, puis maçon. Depuis quelques années, il
travaillait aux abattoirs. Un solide gaillard, aguerri
à l’effort et à l’endurance.
Il traversa le hall d’entrée, contourna des trentenaires
affairés à quelques occupations nocturnes, et sortit.
Il longea le parking encombré, croisa un chien
et son maître. Puis un autre, visiblement sans maître,
et emprunta la direction du petit centre commercial.
À cette heure, les bus de ville étaient rares et il préféra
marcher que d’attendre longtemps à un arrêt. Bel
avantage que de vivre dans une barre hlm à deux pas
du centre. D’autres que lui n’avaient pas eu cette chance.
Le soir, tout est différent. Les lumières, l’atmosphère et
les gens. Il n’était pas fêtard. Il était festif. Nuance. Il avait
très souvent organisé des soirées antillaises. Repas,
boissons, danses et rencontres comprises. La nuit
appartient à tous, pensait-il. Sans distinction de couleur,
d’origine, de milieu ou d’appartenance. Ce soir il irait
en boîte de nuit, se perdre dans les musiques et les cris.
Demain serait un autre jour.
Tout participait à son enthousiasme. Ses chaussures
vernies crissaient de plaisir. Sa chemise, ouverte sur
le dessus, laissait entrer un peu d’air frais sur son torse
et il fredonnait déjà quelques airs à la mode …
Les coups, sourds et répétés, retinrent son attention.
Il n’était qu’à une dizaine de mètres du bureau de tabac,
de là où provenaient les bruits. Il aurait pu passer
son chemin, et l’aurait sans doute fait en d’autres
circonstances. Mais ce soir il décida que non.
Il connaissait chaque endroit de son quartier et aurait
pu s’y déplacer les yeux fermés. Il entra alors dans
la pénombre, se concentra sur sa respiration et avança
en prenant soin de ne pas attirer l’attention. Il savait très
bien ce qui se jouait à quelques pas de là. Il ne lui vint pas
à l’esprit que son initiative aurait pu le mettre en fâcheuse
posture. Combien pouvaient-ils être ? Seraient-ils armés ?
Que lui arriverait-il si … ? Mais sa curiosité et son instinct
lui intimaient de continuer. Lorsqu’il arriva à la hauteur
du magasin, il vit la porte sortie de ses gonds. Tout alla
très vite, comme dans un film en accéléré. Comme si ses
gestes avaient été répétés. Il attrapa le jeune malfrat
d’un revers de bras et le serra si fort que l’autre ne put
riposter. Surpris par la vitesse et l’agilité de son agresseur,
le braqueur se retrouva bientôt ligoté à l’endroit même
de son délit. En une poignée de secondes, tout était fini.
Le gyrophare attira les badauds et les proches voisins.
Des fenêtres s’ouvraient. Ceux du bas renseignaient
ceux du dessus. On émettait des hypothèses. On voulait
des détails. Combien ? Qui ? Comment ? Un groupe
se forma autour du sauveur. Un autre à l’entrée
du commerce vandalisé.
Circulez ! Rentrez chez vous !
Bien sûr, personne n’écouta.
Le buraliste scandalisé arriva à son tour. Dans la voiture
banalisée il vit une tête et des menottes. Un uniforme
le rassura … sans oublier de lui présenter le noctambule
sauveur de biens.
S’ensuit alors une sincère poignée de mains, une série
d’embrassades et une promesse d’infinie gratitude.
Comme ça ne suffisait pas, le marchand tiré du lit prit
une cartouche de Marlboro et la lui tendit.
L’incident était clôt. Les discothèques aussi.
À sa montre, les aiguilles avaient pris de l’avance.
Des soirées, il en ferait d’autres. Tant pis.
En regagnant son chez lui, il tourna et retourna,
dans ses grandes mains calleuses, le cadeau spontané
du joyeux boutiquier.
Qu’allait-il bien pouvoir en faire … lui qui ne fumait pas.
408
404
400
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365
360
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111 Mes premières fois
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57
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7
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0
-1
La première fois que j’ai sauté à la corde
c’était aux 408
La première fois que j’ai défilé sur un char
c’était devant les 408
La première fois que j’ai vu mon père et ses copains
Jean-Paul et Maurice fabriquer une voiture
c’était derrière les 408
La première fois que mes parents ont eu un spacieux f5
c’était au 13c des 408
La première fois que j’ai pris un bain
dans une baignoire sabot
c’était au 1er étage du 13c des 408
La première fois que j’ai creusé un trou pour jouer aux billes
c’était avec du sable des 408
La première fois que j’ai vu ma mère cirer un parquet
c’était celui des 408
La première fois que j’ai vu un cadenas
accroché à un téléphone
c’était dans le salon du 13c des 408
La première fois que j’ai vu la grande échelle
des pompiers parce qu’une couverture chauffante
avait pris feu …
c’était très haut aux 408
Les premières fois où j’ai vu Candy et Goldorak
(et Capitaine Flamme aussi)
c’était sur notre téléviseur à trois chaînes des 408
La première fois que j’ai joué dans une grotte
c’était à deux enjambées des 408
La première fois que nous avons reçu nos bons caf
pour aller au camping de Moncey
c’était dans une boîte aux lettres des 408
La première fois que j’ai vu rouler un skateboard
c’était le long des 408
La première fois que je suis entrée
dans une maison pour tous
c’était celle des 408
Les 408 premières fois que je suis allée jusqu’à mon école
avec des copains et des copines
c’était depuis chez moi aux 408
La première fois que j’ai quitté les 408
c’était en 1980. J’avais 14 ans et d’autres premières
fois devant moi.
408
404
400
366
365
360
321
315 Une jeune, une jeune, un jeune et le jeun
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210
209
205
182
170
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102
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84
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29
18
7
1
0
-1
Quelque part dans le quartier.
Retranscription fidèle, sans ajout ni colorant.
Jeune 1
Jeune 2
Jeune 3
Le personnage extérieur
Vous vous souvenez quand on était tous assis
là-bas là ?
Éclats de rire de tous
On allait au primaire, au collège, ché plus,
et on s’était montré nos évaluations.
Rires de filles
Vous étiez en cp et vous vous êtes montrés vos copies ?
Et après on est arrivé en retard à l’école.
Rires
Tu te souviens ?
Non.
Mais si !
Wala j’me souviens pas.
Mais tsé on était assis sur la pierre et y’avait
truc là …
Aaah ouais. Il date lui.
Tu te rappelles Abdelmalek ?
Il était trop bizarre.
Ouai … ouai ouai.
Pause, roulement de m&m’s sur la table
Et alors il s’est passé quoi ?
Silence
Bon et alors toi ton prénom c’est quoi ?
Moi c’est Hakim, heu … J’ai 15 ans, ça fait 15 ans
que j’habite ici. Je suis au collège Victor Hugo.
Je suis en 3e. J’ai un grand frère et une p’tite
sœur, voilà … et ben … le quartier c’est la base.
C’est la base … pourquoi tu dis c’est la base ?
Éclats de rire
Ben parce qu’on sera toujours ici.
Toujours ici ?
Ben ouai Madame.
Même s’ils détruisent les bâtiments …
Ils se coupent la parole Dans 5 ans on s’dira,
on s’rejoint au 408 ! On se rejoint au 408,
y’a pas de nouveauuuuu …
Ouai même les nouveaux qui reviennent
ils sont tricards.
Rires
Votre quartier c’est votre quartier ? C’est important pour
vous ?
Ouai, parce qu’on a tout fait ici.
Ben ouai depuis qu’on est petit on a habité là.
Vous avez tous vos souvenirs.
mmmmh
mmmmh
mmmmh
Du berceau à maintenant.
Et alors vous imaginez comment le après ? Le après 408 ?
Les 3 ensembles pourri, nul, si on ne revient pas,
nul, non mais si y’a plus de bâtiment comme ça
ça va être nul.
Y’aura un manque à Besançon.
Y’aura un truc qui part.
C’est quoi qui part ?
C’est comme par exemple la tour eiffel à paris,
ben nous ici à Besançon c’est le quartier.
Ouai.
C’est comme un bras au corps.
C’est un membre à nous.
C’est vachement beau ce que vous dîtes, ça veut dire que
t’aimes vraiment ton quartier, ta ville.
Silence
Et vous avez vos frères et sœurs vous êtes dans les plus
petits dans la fratrie ?
Moi j’suis deuxième.
Moi j’suis avant dernier.
Et est-ce que les plus grands ils prennent soin des plus
petits ? Est-ce qu’il y a des jeux entre vous ?
entre les petits et les grands ça s’embêtent c’est
logique mais voilà. On est toujours ensemble.
On a des frères protecteurs et tout.
Voui.
Tranquille.
Mais nous comme on est des filles nos frères
ils font gaffe.
Pourquoi ?
Il a peur que je parle avec des garçons.
Éclats de rire
Parce que derrière …
signe de la main qui dit « attention méfiance »
Et est-ce qu’il y a des trucs que vos grands frères ou grandes
sœurs vous ont appris à faire dans le quartier ?
À faire du vélo.
Et à nous emmener au Parc de Velotte.
Elle allait faire du vélo avec mon frère.
T’étais jalouse parce que je ramenais mes potes
et pas toi. Ahah !
Silence
Non ?? T’étais jalouse pour de vrai ?
Non.
Rires
Tu mytho, t’étais même pas Masran à l’époque ?
Rires
O la lune.
Personnage extérieur interrogatif
non mais la lune c’est pas là regard vers le ciel,
c’est lui pointe du doigt un homme qui passe .
C’est qui la lune ? C’est un homme c’est ça ?
Ouai.
Pourquoi vous l’appelez la lune ?
Parce qu’en fait …
il est dans la lune.
Il est pas bien.
Il est un peu perché ? C’est ça ?
Voilààà.
Il a quel âge ? C’est un copain de classe ?
Non, il a 30 … 40 ans.
Ah c’est quelqu’un du quartier ?
Oui.
C’est unnnnn, unnn ‘iencli’.
Il vient chercher sa dose.
C’est quoi un ‘iencli’ ?
C’est un client mais pas un client déco.
Rires
il vient chercher sa dose.
Et vous voyez ça souvent ?
Ouai.
Non ! Là on le voit depuis deux mois,
on les voit juste venir …
… passer.
Mais tu sais que c’est un client qui vient cherche de la drogue ?
Ben ça se voit ils sont habillés un peu bizarrement.
Ça fait longtemps ?
non. Si ça faisait longtemps on les aurait tricard
et on leur aurait dit de partir.
Mais c’est vrai que le quartier a pas très bonne réputation.
C’est parce qu’ils entendent des choses à la radio.
Alors pourquoi ils ont peur puisque que vous dites que c’est
génial les 408 ?
Parce que quand tu vis pas ici tu peux pas
comprendre approbation de la tête par les autres.
Ben c’est comme quand tu dis j’aime pas
Planoise mais en vrai quand tu vas à Planoise
c’est bien.
Quoique nous on aime pas Planoise.
Ça traine là-bas.
Rires
Si on habitait à Planoise on aimerait.
Rires
Ils ont une mauvaise image parce qu’ils
entendent des trucs pas bien mais c’est faux
en fait. C’est de la caricature, de la propagande.
Mais tais toooiiii !
Et vous avez d’autres souvenirs, de choses qui vous
reviennent comme ça ?
Après y’a toutes les fêtes de quartiers, les fêtes
de voisins …
… le carnaval …
… les barbecues et tout.
en 2014, quand l’algérie s’est qualifiée en coupe
du monde.
Ouaa madame c’était trop bien.
C’était le plus beau jour de ma vie.
ils ont joué, on a mis un but … y’avait
un rétroprojecteur là-bas en bas.
On a mis des chaises …
C’était trooop bien madame, on s’asseyait tous
et on regardait.
Ils gagnaient, ils perdaient, on s’en foutait.
On mettait les pétards et tout, c’était drôle.
Passage en Arabe.
Ils interpellent quelqu’un derrière la vitre.
C’est lui la lune ?
Non c’est pas lui, c’est une personne du quartier.
nous on l’appelle la Girafe.
Ironique Il a 62 ans et il est en seconde.
Rires
Appelez-le !
Bonjour.
Bonjour à travers la vitre .
Il est un peu méchant avec les gens qui connaît
pas c’est tout.
Il est agressif mais au fond il est gentil
comme tout.
Rires
Je t’explique pourquoi il y a un micro : on va écrire un livre
sur les 408 et on cherche des témoignages des jeunes
du quartier …
Ben ils sont là les jeunes.
Tu vois si t’as envie de raconter des trucs …
Silence
Aaahnnn Julie !
ah ouaa Julie c’est un sujet à pas dire.
Y’a beaucoup de truc.
C’est une fille, elle a fait la folle au stade,
tu t’en rappelles ? elle est sortie en peignoire.
Chut !
Alors c’est qui Julie ?
C’est une dame.
C’était.
elle est morte.
C’était une vieille dame ?
Non c’était un mannequin avant.
Oula avant c’était une bombe à skip.
Elle était belle. Après elle est devenue un peu …
… ils lui ont enlevé ses enfants ou je sais pas
quoi. Pi ben elle est devenue un peu folle. Et y’a
eu l’incendie chez elle, pi après elle est tombée
par-dessus.
En chuchotant Du 8.
Et vous, vous avez assisté à ça ?
Quand elle est tombée ?
Oui. C’était le matin mais après quand on a vu
le feu et on est sorti et tout.
Si si on y était !
Bruit de porte
On y était on voyait le feu après elle est tombée
et sa jambe elle s’est coupée !
Après toutes ses sœurs elles sont venues …
… de Paris.
Chants
Madame, si on devait tout dire y’aurait
5 000 bouquins.
Y’a beaucoup de trucs qui se sont passés.
Ellipse de quelques minutes
Alors vous avez parlé des “ienclis”, d’une fille qui est tombée
de sa fenêtre, mais j’ai l’impression que pour vous c’est pas
trop grave ? Non ?
Si c’est grave !
Mais non mais vous en faites pas c’est parce que
vous venez de connaître. pour vous c’est grave
mais nous ça fait quand même 5 ans.
Rires
Ça fait 5 ans, ça passe et voilà …
Non en fait on a tourné la …
Intervention extérieure
Ok c’est déjà pas mal. Est-ce que vous auriez des souvenirs
heureux ? De naissances par exemple de vos frères
et sœurs ?
Non. Je m’en rappelle pas.
Et alors ces fêtes de quartier ?
Ben là c’est fini y’a plus personne.
Mais c’était trop bien, y’avait barbecue …
… on faisait des courses de sacs, comme ça,
on courait.
Oooo oui, y’avait des poneys, c’était trop bien !
Je me rappelle on a fait un spectacle de Zorro …
… avec le centre de loisirs !
On faisait la danse de Mickael Jackson.
Excellent.
Ben après on va pas tout dire.
On dévoile pas nos secrets.
On rentre pas dans les détails.
après le reste c’est tabou.
Les filles et les garçons dans le quartier ça se passe comment ?
On est comme ça, signe de deux poings face l’un l’autre
on est des ennemis.
Tu dis n’importe quoi.
C’est vrai. non je rigole c’est pas vrai.
On voit les garçons, on les check,
on voit les filles on leur fait la bise.
Pas de souci, tout va bien.
On est comme des frères.
Ouai voilà.
Non mais elle pointe son doigt sur une jeune,
elle aime pas trop fréquenter les garçons.
Dis pas ça !
Elle a le droit.
Tais toi !
Elle est timide.
Moi elle me fout la honte.
C’est pas qu’elle fout la honte,
elle est timide c’est pas de sa faute.
C’est bon là, j’suis pas timide.
non mais c’est comme ça, ça passe après.
Après on se fait des câlins.
Rires
ah oui pendant le ramadan !
Oh oui le ramadan !!
Ouai on sort dehors …
Vous faites ramadan toutes les 3 ?
Oui !
Oui !
Oui ! et là, avec les travaux on peut pas,
ils ont pris toute la place.
Et y’a jamais de voisins qui disent c’est trop fort ?
Non eux ils viennent aussi.
Et tout le monde fait à manger pour tout le monde,
y’a pas de problème de religions ?
Ben depuis que les gens sont partis c’est
pas pareil. Y’en a certains qui se mettent
dans un coin mais bon.
Et quand on vous a dit qu’on allait casser les 408 ?
Moi mon père il a dit qu’il resterait habiter là.
On s’est tous dit ça.
et finalement tout le monde est parti.
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57 15 + 13 + 29 = 57 ou Tout se passe là
29
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7
1
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-1
10 + 3
Quand on habite au 13 on n’habite pas au 12
C’est pas pareil
Les odeurs, la déco
C’est pas les mêmes
Comment expliquer …
Chez les autres c’est … c’est …
C’est pas pareil, c’est tout
C’est la diversité au 13
Tout se passe là
Au 13
Demandez à ceux du 15 et du 29
9 + 6
Nous au 15, on a vraiment de la chance
On peut dire ça, oui
Je ne me verrais pas au 13 … ni au 29 parce que …
Comment dire
Eux c’est moins … c’est moins …
C’est juste que c’est moins bien, quoi
Vous voyez ce que je veux dire
De toute façon
Tout se passe là
Au 15
Demandez à ceux du 13 et du 29
9 + 11+ 9
Sans rire au 29 on est très différent
Aucun rapport avec le 13 …
Et rien à voir avec le 15
Pourtant on n’est pas loin les uns des autres
Mais c’est carrément autre chose
Ça ne s’explique pas
C’est peut-être qu’on a plus le soleil
Donc plus d’énergie et donc que … ben
Tout se passe là
Au 29
Demandez à ceux du 15 et du 13
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109
102
95
89
84
68
57
29
18
7
1
0
-1 Chut !!!
Des plantes ?
Oui bien sûr, au balcon … sur les rebords de fenêtres
ou dans les salons. Les appartements sont très lumineux
et … Comment ? Ah ben oui, dans les caves aussi …
oui ben d’accord, c’est moins lumineux une cave, je sais
bien mais … enfin des plantes y’en avaient quand même …
un peu … des fois …
Bien sûr je ne vous ai rien dit.
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123 La femme du mercredi
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84
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57
29
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7
1
0
-1
C’était un mercredi. Le jour sans école. Pas question de
rester enfermé. À peine le repas terminé, nous dévalions
les escaliers (seulement quand l’ascenseur était trop
occupé) et nous nous retrouvions dehors, en bas,
toujours au même endroit. Nous avions de la
conversation, à propos de tout … et même de rien.
Plutôt des trucs marrants … et les potins, souvent.
Ensemble, nous étions bien. Et nous nous disions frères.
Bref, ce mercredi, l’un de nous (je ne sais plus lequel
tellement les propositions fusaient entre nous) eut l’idée
de partir marauder. Du côté de Velotte, il y a des
maisons … et les vergers qui vont avec. Ce n’est pas
que nous avions faim, ni que nos parents étaient dans
le besoin, non, non … C’est juste que le chapardage,
c’est de l’aventure. C’est comme du vol mais pas
vraiment … Ce serait plutôt comme une balade
champêtre, l’adrénaline en prime. Et un fruit maraudé,
tout le monde le sait, est bien meilleur que celui du
marché. Il est plus sucré, plus juteux, et met les papilles
en émoi. Et nous, entre frères, nous aimions être émus.
Alors nous sommes partis, une poignée. Direction les
belles maisons du quartier d’à côté. Nous avons grimpé
la butte, celle qui démarre juste dans le dos des
bâtiments, et nous avons marché … Jamais en silence.
Le coin, nous le connaissions bien. Mais à chaque fois
nous découvrions d’autres espaces, d’autres chemins,
d’autres habitations. Ce mercredi là, nous sommes
tombés nez à nez sur un nouveau verger. Et c’était
comme si les pommes nous tendaient les bras.
Venez nous cueillir ! Venez nous cueillir !
On n’en peut plus de rester accrochées !
Alors ni une ni deux, nous avons répondu à l’appel
des fruits. Nous avons glissé nos corps d’adolescents
dans la propriété … cette fois-ci, sans bruit … ou presque.
Nous étions mal organisés. C’est à celui qui remplirait
ses poches et ses bras le premier. Chaque branche nous
offrait ses trésors, encore et encore. Nous étions
en pleine récolte, sourire aux lèvres et front en sueur.
Nous allions amasser un joli butin, c’est certain.
Concentrés sur notre labeur, nous n’avons pas remarqué
que quelqu’un s’était approché.
Ne cassez pas les branches …
Arrêt collectif. Palpitations. Échanges de regards.
Re-palpitations. Nous nous sommes penchés en direction
de la voix. Une femme était là, bras croisés, cinq fois
notre âge au moins, qui nous observait d’un air amusé.
Prenez-les avec soin.
Et faites attention en descendant.
Et voilà ! Pris en flag ! Des vrais débutants.
C’est comme ça que tout a démarré. Parce qu’ensuite
on s’est retrouvé chez elle chaque mercredi. Elle nous
préparait le goûter, à nous, les mômes de quartier.
Et sur le chemin du retour, entre murets et bosquets,
nos mains continuaient de faire danser les branches
qui dépassaient … À la recherche d’autres amis pour
le dimanche et le samedi.
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89
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18 Abracadabra
7
1
0
-1
Si on me disait :
Tu retrouves tes 18 ans aux 408 … mais maintenant.
Et bien je n’en voudrais pas.
On dit souvent que c’était mieux avant.
Pour le coup, je crois que oui.
C’était vraiment mieux avant.
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123
111
109
102
95
89 Donc bon alors oui mais …
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68
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29
18
7
1
0
-1
Donc, il a bien fallu que je parte … j’ai eu des dégâts avec
la casse de mes meubles … ça s’arrange … on n’avait pas
trop la bonne équipe. Y’avait des guignols qui nous
aidaient à déménager … faut que je répare mes fauteuils
troués. M’en ont troué deux … je vais tapisser, je suis bien
obligée … attention moi je posais le papier peint aux 408,
je faisais les peintures et tout … faut apprendre à faire
plein de choses, on est tout seul, hein …
Bon c’est comme ça.
Bon, j’étais dans la confection chez Weil. On était mal
payé, je suis partie dans l’horlogerie chez Fralsen
et après chez Oger, à la Mouillère … on s’est retrouvé
au chômage parce qu’il n’y avait plus de montres
mécaniques … ben j’ai fait des ménages … et j’ai gardé
les enfants chez les gens.
et alors je suis arrivée en 84 … je venais des Chaprais …
pleuvait chez moi … la propriétaire était avare …
des prostitués à l’étage et des hommes qui buvaient …
j’ai été voir quelqu’un de haut placé pour me trouver
un logement …
Oui on avait quand même des voisins qu’étaient pas mal
aux 408. On faisait des plats, on mangeait tous ensemble,
y’avait pas de problème de racisme et tout ça …
Après ça a dégénéré.
Mais faut dire y faisaient des grandes randonnées avec
les voitures, entre les deux bâtiments. Ils avaient même
tabassé les flics … j’aime autant vous dire … on a dit,
monsieur le maire faudrait quand même arrêter
ce bastringue, parce que c’est pas vivable pour nous …
le maire il était bien emprunté de tous ces gens-là …
Donc bon, la pratique de la drogue, c’était d’abord
au 29 … je me suis pensée : ça y est on va y avoir droit …
y’en a un qui venait toujours avec son portable. Il était
camouflé, on y voyait que les yeux. Il guettait pour voir
les gens qui montaient chez eux … Alors la vieille
t’habite là ! D’abord c’est pas la vieille, c’est Madame …
pis moi je paie mon loyer alors on a besoin de calme.
Bon alors, ça fait que ça a dégénéré. Ils enlevaient
les ampoules des cages. L’ascenseur était toujours
en panne … alors pour aller en commissions …
y’a des gens avec qui j’étais bien … on s’aidait quoi …
y’a des personnes d’un certain âge qui habitaient
au 12 ou 13e. Un jour on est rentré le soir à la maison,
on était obligé de tâter depuis le rez-de-chaussée
pour voir où on habitait. Il a fallu que je m’achète
une dynamo … l’ascenseur en panne … on était toujours
en panne … alors ma foi … les jeunes étaient pas contents,
ils piquaient les ampoules pour mettre chez eux …
à un moment donné c’était tous les soirs le trafic …
alors oui y’a eu des meurtres hein au 408, au sujet
de la drogue … une fois je suis rentrée chez moi y’avait
la police ils m’ont dit : Rentrez vite chez vous on va
bloquer le quartier … Il vient d’arriver un meurtre !
Ils venaient de tabasser un gars, y’en a un autre c’était
avec des tessons de bouteille … bon bref … y’en a un
qui s’est effondré devant le supermarché … à coups
de couteau …
Oui mais, y avaient tout de refait question commerces …
et ça s’est tout dégradé … ils ont menacé de mort le gars
qui tenait la superette … il est parti … y’avait le truc
d’imprimante, y’avait le coiffeur, ils ont fichu le feu
là-dedans … impensable … avant ça y’avait pas de …
enfin on voyait peut-être pas mais enfin …
Bon sinon on a été apprendre à lire aux dames
maghrébines. On leur apprenait plein de trucs, et elles,
elles nous apprenaient pour la cuisine … on faisait partie
de la couture aussi, à la maison de quartier. Sinon tiens,
y’en a une son bonhomme la tabassait … allez, je prierai
pour toi … mais faut te séparer de ce bonhomme là.
Donc alors oui, quand on a fait le rmi en 89
ils cherchaient quelqu’un pour être interviewé …
j’ai rien dit. Motus ! Mais tout le monde m’a vu à la télé.
Maintenant je fais partie de l’association des goûters
des migrants. On est tous des créatures de dieu
et on n’a pas à être raciste de quoi que soit.
M’enfin !!!
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invité — On dira ce qu’on voudra mais nous sommes
arrivés les premiers. Ça, vous pouvez en être sûr. Oui,
les premiers c’était nous ! Et nous serons les derniers,
vous pouvez me croire. Jusqu’au bout qu’on ira ! Et vous
savez comment on s’y prendra ? Et bien comme nous
savons le faire depuis la nuit de temps … En nous
accrochant. Parce que nous autres, personne
ne pensera à nous reloger.
reporter — Mais, lorsque tout sera broyé, concassé
et déblayé, vous serez bien obligés de trouver
une solution pour votre communauté.
invité — Certains resteront à l’air libre. Ils fermeront
des campements provisoires. Ceux qui rêvent de confort,
les plus exigeants, deviendront des migrants. Je leur
souhaite bonne route et bon vent.
reporter — Alors vous serez divisés.
invité — Nous y sommes préparés. Fuir, chercher
un abri et raser les murs sont des actions du quotidien.
À quelques exceptions près, nous avons mauvaise
réputation. Des colonies entières sont régulièrement
piétinées.
reporter — Y a t-il une raison en particulier ?
invité — Délit de faciès, rien de plus. L’Autre a peur
de ce qu’il ne connaît pas. Et la peur entraîne des
comportements irrationnels. Voyez votre propre
Histoire. Vous savez, dans la nature, tout le monde
a un rôle à jouer. Les synanthropes autant que les autres.
Retenez bien ça, jeune homme.
Allez, à plus tard … faut que je file.
reporter — 🙂
Extrait d’interview – août 2018
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Vous allez tout mettre en bas ?! Vous plaisantez !
ici c’est un vrai décor de cinéma. regardez !
Pas d’angle mort.
Toits plats pour atterrissage d’hélico et scènes d’actions.
Ascenseurs apparents pour les séquences amoureuses.
Des façades entières remplies de fenêtres pour les scènes
de liesse, genre coupe du monde ou révolution latino.
Une esplanade pour faire des panoramiques de dingue,
avec foule, cascades de voitures et marché aux poissons,
au cas où le scénario se passe en Chine.
Et attendez, il y a les caves et les halls pour les parties
plus thriller.
Le tram en toile de fond pour raconter la mégalopole.
Une colline juste derrière pour les plans larges sur
les alpages et le ski de piste, nickel pour un James Bond.
Et puis tous les appartements pour les scènes d’intérieurs.
Suffit de refaire la déco selon l’époque, pas compliqué,
et bien sûr ils pourraient abriter aussi les loges,
le catering, les salles de mixage, de montage,
d’étalonnage, de post-synchro.
Faudrait juste construire un bar avec terrasse, un lac
et deux ou trois autres petits trucs pour avoir une palette
complète, mais pour ça il reste de la place.
Nan franchement, si j’étais réalisateur, j’hésiterais
pas une seconde. J’achèterais l’ensemble en j’en ferais
un immense studio : le Top Movies Entertainment !
À l’américaine ! Comme dirait François le facteur, celui
de Tati, c’est hallucinant que personne n’ait eu cette idée là.
Enfin je crois.
408 L’étrangère
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D’y penser je ris encore.
C’est tellement là, présent, en moi, que je revois
chaque visage, chaque silhouette. Vos voix, vos couleurs,
vos odeurs. Elles me manquent. Vous me manquez.
Je nous manque.
Souvenez-vous.
Nous étions si bien. Nous étions si fous.
Dans notre bulle à nous.
Officiellement je n’habitais pas là. Pas là du tout.
Mais chez vous, c’était chez moi. Et ça a duré des années.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Nous trainions ensemble, nous mangions ensemble,
nous dormions ensemble. Vous étiez ma famille,
ma maison et ma raison.
Votre générosité, votre plein d’intérêt et de curiosité.
Votre ouverture, puissante, régénératrice. Vous étiez
des pépites. Vous étiez de ceux qui donnent sans
réfléchir, sans se questionner. Vous étiez magiques.
Vous ne savez pas la chance que j’ai eue de vous rencontrer.
Oui, pour moi c’était une chance … Culturellement.
Fraternellement. Parce que vous m’avez donné cette
place que j’attendais tant … Cette place que je n’avais pas
chez moi.
Je pense à nous, je ris et ça me fait chaud dedans.
Souvenez-vous, mes amis, de nos virées à n’importe
quelle heure du jour ou de la nuit. Rappelez-vous comme
nous nous enivrions de musique, moteurs à fond,
fenêtres ouvertes. Et lorsque nous décidions de rentrer,
il y avait sur une table toujours de quoi nous rassasier.
Les appartements n’étaient pas si grands, et pourtant …
Et puis les mamans qui nous attendaient, nos mamas,
rien qu’à nous, et qui nous prenaient dans leurs grands
bras. Et vos rires. Nos rires. Des barres de rires.
Nous avons tant fait ensemble.
Des bêtises, pas tant que ça. Un peu seulement.
Je nous vois très fortes, très colorées. Intouchables.
La plus belle époque de ma vie. Oui j’étais une grande
gueule. Tous, nous étions de grandes gueules. C’était
nous et puis c’est tout ! Aujourd’hui, les images défilent
dans ma tête et me donnent le tournis. J’aurais tant
à raconter.
Merci mes potes des 408
Parce que j’ai grandi, et c’est avec vous
Parce que je suis riche, et c’est de vous
Et de penser un peu à nous, je ris beaucoup
et je pleure souvent.
Oui mes potes des 408, c’est vrai
L’eau passe sous les ponts
L’air tue le temps
Les routes nous séparent
Mais soyez sûrs
Que le passé ne s’éteint pas
I nch’A l la h
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102 La fête de la mère
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Tout était prêt. Il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée
de Ses Deux Invités.
Elle avait eu cette idée depuis longtemps. Elle avait
confiance. Elle avait imaginé qu’elle leur ferait une
surprise. Une surprise à la hauteur de l’événement.
Il lui faudrait le concours d’autres mères, des voisines
des paliers d’à côté, et de quelques pères aussi, s’ils
acceptaient de prêter main forte. Elle réunirait tous ceux
qu’elle aimait, et les autres aussi. Pas pour faire la fière,
bien qu’elle l’était c’est sûr, mais parce que cette joie, elle
désirait la partager, la vivre en grand. Depuis quelque
temps, elle prenait des notes sur un papier qu’elle cachait
soigneusement. Oui, toutes ses idées elle les consignait
pour ne rien oublier. Une liste de courses à faire
au supermarché et chez le boucher, d’accessoires
à récupérer, mettre de côté, emprunter, fabriquer …
Elle préparait en secret. Par prémonition. Ne pas vendre
la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Même si dans cette
histoire il n’y avait ni animal ni chasseur. Cette fête,
c’était en l’honneur de deux de Ses Fils. Et en son
honneur à elle aussi. Parce qu’après tout, elle avait
largement contribué pendant toutes ces années à leur
donner une éducation, à les encourager, à les soigner
du mieux qu’elle pouvait, avec tout l’amour dont une
mère était capable. Être maman, ce n’est pas reposant.
Il y avait eu des querelles parfois, comme dans toutes
les familles, mais jamais elle n’avait baissé les bras.
Trois filles et trois fils à la maison lui avaient demandé
beaucoup d’énergie et de sacrifices. Beaucoup
d’inquiétudes aussi … à propos de leur avenir et de leur
épanouissement. Jusqu’où iraient-ils, tous ? Quelle
serait leur place, demain, dans ce monde si moderne
et si pressé ? Elle savait qu’il n’existait pas de recette
pour devenir parent. Alors elle avait fait comme chacun,
ce qui lui semblait juste. Mais aujourd’hui, elle pouvait
se reposer de tout ça. Aujourd’hui au moins. Oui, elle
s’accorderait le droit de dire tout haut :
Voilà, eux sont arrivés là. Mes fils.
Elle regarda les tables, mises bout à bout. Ça faisait
une sacrée longueur. Un banquet de Rois assurément.
Elle recomptait pour la cinquième fois le nombre
d’invités. Si tout le monde venait – et il y avait toutes
les chances pour que ce soit le cas – elle pourrait à peine
les caser. Certains seraient obligés de rester debout.
Qu’importe. De toute façon, avec ce que réservait la suite
du programme, ils ne seraient pas bien longtemps assis.
Manger, boire et faire de longs discours, ce n’était pas
encore assez. Il fallait danser. Alors elle avait fait venir
un groupe de raï, un genre musical algérien très en
vogue depuis 90. Elle ne reculait devant rien. Et si elle
ne s’était pas raisonnée, elle aurait convoqué une parade,
des chars et aurait fait décoller des feux d’artifices.
Rien n’aurait été de trop.
Mais cette fois, on y était. Et tout était prêt.
Dans une poignée de minutes, les premiers feraient leur
apparition, habillés pour la circonstance, et suivis de
près par le reste des convives … Et alors ce serait la fête.
Une fête que tous garderaient en mémoire pour
longtemps.
Elle souriait déjà à l’idée de la tête que feraient
Ses Deux Bacheliers.
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Un jour un type est venu. Il s’est installé ici. Plus d’un an
je crois. Il n’était même pas obligé. Enfin il n’a pas dormi
tu vois. C’était juste pour travailler. Au début on n’a pas
compris ce qu’il voulait. Il avait un projet. Nous tirer le
portrait. Mais il ne connaissait personne. Alors il a
engagé un copain à nous, pour faire le lien comme il
disait. Une vraie embauche. Payée et tout. Faut dire que
c’était malin son idée. Parce qu’on a du réseau. C’est chez
nous. On connaît tout le mode. Donc il a pu rencontrer
des familles, entrer dans les appartements et prendre
ses photos … Je ne vois pas ce qu’on avait d’intéressant.
Je veux dire : pourquoi chez nous ? Pourquoi ici ? Mais
c’était bien. Il y a eu une expo. Tout le monde l’a vue …
Enfin ceux qui sont venus.
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7 La marche du temps
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J’ai regardé le calendrier
Un an que nous étions là
Je me suis dit alors que
Le temps passe vite
Et qu’il ne revient pas
Je me suis collé à la fenêtre
Les nuages défilaient
Eux aussi sans broncher
En troupeau docile
Et bien organisé
J’ai su qu’ici nous étions bien
Que depuis chez nous au 7e
On voyait déjà très loin
Alors nous sommes restés
Nous, le chat et notre panorama
Un jour de l’année d’après
Sur le mur j’ai regardé notre portrait
Nous n’avions presque pas changé
Un peu quand même
En regardant de plus près
Dix ans plus tard
Les peintures étaient neuves
Le parquet aussi et la télé avec
À quoi bon changer
Ailleurs ce serait moins bien
Trente ans que nos semelles
Usent les escaliers
Se frottent sur notre palier
Elles savent leur chemin
Nous nous laissons guider
On nous a demandé de partir
D’aller voir plus loin
Que l’herbe serait bien verte
On nous l’a dit poliment
Ça change tout forcément
Cinquante ans dans les cartons
C’est tout serré très lourd
De ma fenêtre une dernière fois
Je salue les cotonneux bien bas
Ils n’ont pas pris une ride ceux-là
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L’habitant est dehors et dedans
Il est à sa fenêtre et il voit
Il voit les autres les autres bâtiments
Les routes et les forêts il voit le monde
À sa portée inaccessible
L’habitant dort et rêve
Et pense et mange et rit et jouit
L’habitant sait se taire il a des poches
et des larmes et des armes il danse
Avec les autres habitants il danse
Il tourne sur lui-même il tourne son visage
À droite à gauche et au ciel
il inspire expire il est pris dans le tempo
Et la cadence et dans les mots des autres
Et dans les vies des autres et dans les chairs des autres
Et dans les morts des autres l’habitant porte
et traine et tire et pousse
Et crie et plie sa vie d’habitant
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205 Mémoires d’Hommes
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Ils sont attablés
Les quatre frères
Sans la sœur
Quatre frères et un père
Sans la mère
SOUDAIN
Leurs sièges s’élèvent
Décollent du sol, lentement
Quittent le présent
Qui n’a pas rêvé de faire
Son voyage dans le Temps
CA Y EST
Ils sont tout en haut
De là où le regard se perd
De là où l’on contemple son passé
Les images se dressent, innombrables
Les voix se glissent, lumineuses
ALORS
Entre hommes ils se racontent
Se remontent l’Horloge
Ils explorent et s’égarent
Se retrouvent et se séparent
Ils rient et s’apostrophent
S’acquiescent et se précisent
Un voyage à la rencontre
De ceux qu’ils étaient
OUI
À coups de noms à coups de dates
Ils crayonnent leurs décors
Posent les couleurs, les ciels et les reliefs
Ils croisent mille visages
Défilent les saisons et mesurent les âges
Ils dansent entre les ombres
Et percent des mystères
Invisibles à l’œil nu
NON
Tu sais bien que … dit l’un
J’me rappelle de … clame l’autre
Mais si tu vois … qu’il rétorque
Je suis sûr que … explique t-il
C’était quand d’jà ? … s’inquiète t-il
Mais j’te dis que … persuade t-il
D’un mot à l’autre
L’Histoire se fraye un passage
L ‘H ISTOIRE
Du maire Jean Minjoz
Qui les as reçu dans son bureau
De la luge d’hiver sur le coteau enneigé
Du Papa qui était connu comme le loup blanc
De la technique du chapardage de bonbons au Dock
Des gamins qui jouaient sans fin au bas des 3 bâtiments
Des caves où les filles et les gars ne sortaient pas couverts
De l’hymne national qu’ils chantaient les jours de match
De leur sœur qu’on appelait p’tit bout
qui était la seule à tâter du ballon
Des tournois de pétanque réservés aux adultes
et que les mômes convoitaient
Du martinet caché sous la table
à la disposition du paternel en cas de conflit majeur
Des juifs du dessous des arabes du dessus
mais qu’importe parce qu’ils étaient tous frères
De leurs yeux d’enfants et de leurs rires d’ados
qui raisonnent encore aux 4 coins des 3 immeubles
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C’est l’histoire d’une jeune femme
À peine vingt ans
Débarquée en France en 1970
Elle et son accent d’Oran
Elle avait étudié
Là-bas
Sur les bancs des écoles
De la grande ville algérienne
Cinq ans plus tard elle est une femme
Son mari travaille à la fonderie
Et c’est aux 408 que l’histoire continue
Trois enfants
Quatre enfants
Sept enfants
Ça prend du temps
La femme est devenue une dame
Autour d’elle d’autres épouses
D’autres sœurs
D’autres mères
Un peu casanières, un peu en arrière
Dévouées, ça oui
Toujours
Trop peut-être
Alors sur la table la dame sort son âme
Et ces autres là, elle les prend par le bras
Leurs lettres, elle les écrit
Aux rendez-vous, elle est avec elles
Elle déchiffre pour elles
Elle parle pour elles
Ce n’est pas encore assez
Les deuxièmes mardis elle provoque des cafés
Ça papote ça se raconte ça se confie et ça se dévoile
Ça se rencontre, ça se rend compte
Et ça dépasse son palier
Y’en a des qui voudraient apprendre à écrire
Pourquoi pas
Des qui voudraient voir au-delà du quartier
Pourquoi pas
D’autres juste rire et danser
Pourquoi pas
Pourquoi pas
Pourquoi pas
Pourquoi pas
Alors la grande dame
Fait entrer le soleil
Elle en a toujours un sur elle
Elle entreprend invente et organise
La Palmeraie c’est un joli nom
Elle y va sans se poser de question
Elle sait qu’elle a raison
Elle convainc les maris
Elle apaise les tensions
Et c’est parti !
Métabief marché de Noël Barbes musée Grévin Pompidou
Elle enchaîne bouffées d’air et parties de rigolades
Elle entraîne au participatif au collaboratif
Elle donne le mouvement et la cadence qui va avec
Elle coach elle siffle elle met des cartons
Elle remue dans les ménages
Hé les filles ! Debout !! Allez, venez, on se montre !
Surtout ne pas rester dans l’ombre
Marcher dans et avec le monde
Rencontrer, voir et savoir
S’en émerveiller les yeux
Dégourdir ses jambes
Ne pas s’ankyloser
Vivre la diversité
Appartenir
En 2011 fin de l’aventure
La grand-maman prend sa valise et met son cœur dedans
Elle quitte son p ‘tit village
Ses trois bâtiments ses gens dedans
Ce jour-là elle pleure
Ce n’est pas souvent
Parfois reviennent les images d’avant
L’album a pris du poids
C’était il y a longtemps
Je me souviens que cette jeune femme
C’était moi
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Monsieur Madame ont un unique fils
Un fils unique comme on dit
Comme le robinet à eau froide, unique lui aussi
Dans le trois pièces du square St-Amour plein cœur de ville
Parce que Monsieur Madame & Fils
C’est de là qu’ils viennent
D’un appartement au plancher penché
D’un logement rien qu’à escaliers sans commodités
Alors pensez bien !
Révolution quand le trio s’en va plus haut
Parce que s’il-vous-plait les 408 c’est très tendance
Bienvenue au 27, 2e étage sur votre gauche !
Suffit de tourner et l’eau coule à flots
Oui, même la chaude
Regardez, ici ! Un wc privatisé
Et là ! Un plancher à petits damiers
Allez faites pas les timides, entrez donc
C’est vot’ chez vous tout neuf
Voilà votre vie toute changée, braves gens !
Le fils unique a 18 ans
La baie est vitrée et le chauffage …
central !
Ça sent bon l’émancipation
Y’a même un balcon
Hé jeune homme !
Reste pas chez tes vieux, regarde en bas !
Elle te tend les bras !
Mais nan, pas la fille sur le banc !
La maison juste à côté
Descends !
Sois pas impressionné
Elle est pour tous … et même pour toi !
Le rejeton s’approche
Il entend des voix et perçoit des rires
L’unique se risque … jette un œil
Puis passe la main, et même le bras
Le reste du bonhomme suit tout seul
Aimanté par les corps étrangers à l’intérieur
Papa ! Maman ! Je remonterai quand j’aurai le temps !
Et le gamin s’est mû en homme
Au pied de chez lui en somme
Il a fréquenté de grands mots
Vie sociale, amour, démocratie
Qu’il a fourrés dans ses poches de jean
Au cas où quelqu’un en manquerait
L’hiver n’est jamais loin
Et parfois très froid
Oh oui qu’il a choyé la bicoque
Cette maisonnée pour tous les gens
Oh oui qu’il a aimé les brassages de peaux
La salle pleine à craquer de débats et d’idées
Sur les jours d’après et le mieux maintenant
Oh oui qu’il a passé des nuits entières
Et les jours aussi
À traverser sa vie de quartier, le regard ébloui
Monsieur Madame peuvent être ravis.
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68 C R I S E S
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Je siffle une fois, quinze têtes dépassent des balcons
On prend un ballon
C’est simple
C’est dans les années 60
Dans ma famille, le progrès social
On y croit
Et pas que nous
Les autres aussi
Les ouvriers, les fonctionnaires …
Les gens ont du boulot
C’est normal
Alors la cité populaire
Même pas mal
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S
C
i
a
L
Cri Se
pr OG rè S
Les prénoms à consonances
C’est rien que de la couleur
Les saucisses avec les merguez
Le mouton le bœuf à la braise
En 69 mon frère et moi
On expose 68 à la Maison pour tous
On projette des films politiques
5 heures / 4 plans séquences
On ose et on aime ça
La cité est ouverte
Il y a des liens d’amitié
Ça entre ça sort
Ça vient d’ailleurs
Alors la vie au quartier
Même pas peur
Un peu après je passe mon bac
Pendant que les LIP mènent la lutte
Tous les jours je suis là-bas
J’observe j’apprends je grandis aussi
Début 70 je pars
Pas loin derrière mes parents suivent
Et puis …
Brouillard épais …
Sur toutes les villes
Des mots, des maux, d émon, décime
Crime, trime et discrimine
Bond de 20 ans
Et Hip et Hop voilà 90
Oups la populace est en difficulté
Les trois barres tanguent presque chavirent
Bascule
Bouscule
Bazard
Blizzard
Là-dedans ça ne souffle que du froid
Allez les gars on fait quoi ?
Et si on saupoudrait avec des
Mesures d’exceptions
Terrains d’expérimentations
Et quelques compromis ?
Mince alors tout le monde est démuni
La recette quelqu’un l’a sur lui ?
Une minute. On réfléchit …
Pas le temps d’y voir plus clair que crack !
Un premier mât se plie
Vous avez dit une brèche ?
Où ça ?! Dans la coke ?
Les trafiquants adorent
Ils sont déjà dedans
Toutes dents dehors
Tiens, ça sent le brûlé …
Et cette recette, elle vient ?!!
Stop ! Arrêtez-vous ! J’ai une idée !
C’est : cloisonné-sécurisé-missionné-délimité-bâillonné
Et ensuite ?
Démissionné … pardon, je voulais dire remissionné
Par ici ! Je vous dis que ça sent le brûlé !
Envoyez une brigade
De jeunes travailleurs sociaux
D’animateurs
socio-ethniques
socio-techniques
socio-mirifiques
Et pof ! Du Projet Participatif !!!
Faire du lien ! Faire du lien ! Faire du lien ! Compris !
Qu’ils se ligotent nom d’un chien
Mais jusqu’à quand ?
Maintenant qu’on les a entassé là-dedans
Je dirais … jusqu’à ce que ça tienne …
Pas le choix
À coup sûr ça va implosé …
On en aura plein les doigts
Attendez ! Pas si on refait la déco
La crête c’est très branché, très punk, non ?
Et si ça ne marche pas ?
On tentera un brushing
Paraît qu’ils ont encore un salon de coiffure
T’inquiète ils vont bien se débrouiller
Entre communautés
Y’a toujours des bonnes volontés
De la fraternité
Et tout ça
Enfin voilà, les 408
Moi ça m’a construit
Et aujourd’hui on démolit
Entre les deux … ben c’est foireux
.
408
404
400
366
365
360
321
315
272
268 Fin de croisière Paroles et musique de Guy Pothier
230
218
210
209
205
182
170
124
123
111
109
102
95
89
84
68
57
29
18
7
1
0
-1
On trouve de tout aux 408
Il suffit de s’y promener
Des anciens de Mai 68
Et des qu’en n’ont rien à cirer
On croise des dingues-à-scooter
Pis des poubelles enflammées
Et d’autres qui font des affaires
Et trafiquent dans la Cité … dans la Cité !
À deux pas du Quartier Brûlard
Une caserne de pompiers
Flambant-neuve sur le boul’vard
Qui mène à une autre cité
Une caserne comme un phare
Pour trois épaves échouées
Bâtiments aux formes bizarres
Aux coursives métallisées … métallisées !
Au début, c’était du caviar
Bouche bée, les gens étonnés
S’écriaient c’est une œuvre d’Art
Ce bel ensemble bétonné !
Ne boudons pas notre bonheur
Entrons dans la modernité !
Abusons donc des ascenseurs
Et tant d’autres commodités … commodités !
Remercions nos bienfaiteurs
Pour nos loyers si modérés
Le Paradis des travailleurs
Est ici, à n’en pas douter !
Nous côtoierons dans l’allégresse
Cosmopolite et bigarrée
Une population diverse
Dans la Paix, la Fraternité … Fraternité !
Ils vécurent heureux et fiers
Et firent de nombreux enfants
La mouise triste de naguère
Gisait derrière eux maintenant
De tout ce monde solidaire
Il ne reste rien à présent
Sonne la fin de la Croisière
On désarme les bâtiments … les bâtiments !
LeS par TenaireS
La ville de Besançon Direction de l’action culturelle,
Direction de la vie des quartiers
La communauté d’agglomération du grand
Besançon Direction du Contrat de Ville
La préfecture du Doubs et le commissariat
à l’égalité des territoires CGET
L’agence nationale pour la rénovation urbaine
Coordination de projet Noémie Dorchies
Crédits iconographiques
Plan des appartements , Phare, Vue aérienne n&b, Tables
de ping-pong, Besançon non fumeur, Escalier de Velotte
Ville de Besançon ; Vol de pigeons Quentin Coussirat ;
Club mécanique auto Sylvie Donard Leborgne ; Vue
aérienne couleur Archives municipales de Besançon,
cote Fi283, fond J.P. Tupin ; Aux 408 plaisirs Samir
Zegai ; La Palmeraie Association la Palmeraie
Livre construit et déconstruit par Quentin Coussirat,
composé en Versailles d’Adrian Frutiger
et en Boxout de Jake Fleming
Imprimé par Simon Graphic, Ornans
Tranché à l’atelier Superseñor, Besançon
Besançon, décembre 2018
reMerCieM enTS aUX VeiLLeUrS De JOUrS
Marceline Chalat, Roger Frédéric, Samir Zegai,
Rachid Bekhaled, Gilles Rondot, Marine Coulibaly,
Fatima Baala, Yohan Tiaicht, Michelle Laithier,
Sylvie Donard Leborgne, Marielle Toussaint, Pascal,
Laurent, Christophe, Sylvain et Bernard Caverot,
Anne Vouillot, Jacques Moutterlos, Ludivine Petit,
Gaëlle Duchemann, Aziza Radi, Maryse Boisnard-Pepin,
Danièle Paris, Ayoub Larbi, Zidouri Imane, Nasri Lyna,
Djinane Larbi, Nasri Roibelle, Zouine Asma, Roland
Billot, Sœur Jean-Marc Paris, Sœur Marie-Catherine
et la Sœur supérieure générale des soins
de la Sainte-Famille Élizabeth,
pour leurs témoignages précieux et sensibles
Michel Hitter, archiviste à la ville de Besançon,
Ugur Kose, agent de développement local,
Valérie Comte, agent d’accueil de la Maison
de quartier Grette
pour leur accompagnement
Michèle Dorchies, Paulette Barberon et Alexine Levain
pour leur relecture patiente et attentive
Le passé n’est jamais mort,
il n’est même pas passé.
William Faulkner